La Teub à Jeanne Marie

sisi qui regarde le monde

SOMBRE AFFAIRE DE TEUB

bite-qui-court


« Les vrais marins, ça s’assoit sur les bites. »
Arnaud Montebourg

Tout a commencé avant hier dans un couloir sombre de l’open-space. Ce bâtard de René fricotait avec Pierre-Marie, s’échangeant les dernières informations du matin. « Ouais, même qu’on va aller à Dunkerque, man ! Ouais ! Ouais ! 62 represent ! Boulogne sur mer ! » Puis entre deux cafés, il balança : « Et tu sais que Jeanne-Marie a fourré Pamela, la stagiaire ? Si si ! Je t’assure ! C’est Mireille qui me l’a dit ! Mais chut chut ! C’est un secret ! » Pierre-Marie se frotte la main. Voilà une nouvelle bien croustillante ! Jeanne-Marie, ce petit cochon, il se l’est pas mis derrière l’oreille. Droit au but ! Comme Marseille ! Il a du la retourner la petite ! En plus, elle aime la bite, c’est marqué sur sa gueule entre sa bouche de suceuse et son regard putain. D’ailleurs, Jean-Jacques le voisin de bureau de Pierre-Marie est bien d’accord. Jeanne-Marie est un chaud du cul et il a eu bien raison. De toute façon, elle a aguiché tout le bureau. Pauline, la secrétaire, partage aussi ce point de vue. Elle a allumé Jean-Yves, le quinqua informaticien, l’autre jour. Enfin c’est ce qu’il lui a dit. Et puis, rajoute, Lucie la dactylo : « Je crois qu’en plus elle a un vibro dans son sac ! » HAN LA CHIENNE ! Elle est comme ça la petite Pamela ! Du style à se frotter contre les bouts de tables ! J’en suis sûr ! On l’a tous vu ! A la fin de la journée, personne en tout cas n’en doute.

Le lendemain, près de la machine à café, Jeanne-Marie discute sec. Le dossier Martin n’avance pas. Ce bâtard ne veut plus acheter les 5 cartons de parpaings de 4 kg comme prévu. Pierre-Marie aurait merdé la dernière fois, en foirant la livraison. Il l’appelle : « Pierre-Marie, tu pourrais rassurer notre client en lui disant que tu lui livreras bien ses parpaings ? » Rire goguenard de Pierre-Marie. Il y aurait comme une couille sur la ligne. « Pourquoi tu rigoles ? » demande Jeanne-Marie surpris de cette réaction. « Je te trouve un peu outrecuidant l’ami, on parle d’un gros contrat ! De sommes considérables ! Avec cette prime, je vais enfin pouvoir m’acheter un home-cinéma pour regarder les Fast&Furious en dolby stéréo. » L’énervement est sur le point de poindre. Pierre-Marie semble être un peu léger. Non sans déconner ! Le parpaing c’est un truc sérieux ! C’est beau, c’est utile et ça construit des maisons. Il y a du fric à se faire. Merde quoi ! Jeanne-Marie raccroche d’énervement. Qu’à cela ne tienne ! Il va appeler directement le responsable de la communication avec les fournisseurs. Si on ne peut pas voir quelqu’un de sérieux, autant aller à la source ! Se saisissant de son téléphone, il appelle numéro abrégé. Quelques bips de tonalités et la voix de Maurice, 55 ans, une grosse moustache, raisonne dans le combiné. « Allo, c’est Jeanne-Marie, est-ce que tu as des parpaings vermifugés pour moi ? J’ai un gros deal à faire » Rire « Un Gros ? Un gros quoi ? Ah ah ah ! Deal ? T’es sur ? Je regarde ça ». Lors de l’attente, voilà que le cerveau de JM se met à usiner. C’est certain, il se passe quelque chose. « …Maintenant, que j’y réfléchis… Pauline avait un drôle de sourire mutin ce matin. Et Jean-Yves… Il ne m’a pas fait un clin d’oeil… Et il est pas pédé Jean-Yves que je sache… Fichtre, quelque chose se trame ! C’est indéniable ».

bite-qui-separe-les-paragraphes-mini

… Bon, j’ai du stock, il t’en faut combien ? »
…Réflexion…
Dis Maurice, reprend Jeanne-Marie, qu’est-ce que j’ai de si gros pour que tu en rigoles ?
…Silence…
Non mais, s’il y a quelque chose de marrant autant me le dire, parce que là, tu me ris au nez, tu me fais des sous-entendus, c’est donc qu’il doit y avoir quelque chose. Fais pas ton bâtard et balance la sauce.
Baaaaaaah, tu sais bien…
Je sais bien quoi ?!
Baaaaaaah, toi et Pamela, quoi !
Pamela et moi, quoi ?
Bah, il se murmure que vous vous êtes fait plaisir quoi !
Non.
Allez, tout le monde le sait, mens pas quoi !
Non.
Jean-Yves m’en a parlé l’aut’ soir, et Lucie en a parlé à ma femme. Tu vas pas me faire croire qu’il ne s’est rien passé ? Tout le monde vous a vu !

bite-qui-separe-les-paragraphes-mini

Tout le monde… Tout le monde… C’est souvent synonyme de personne. Jeanne-Marie remonte l’allée centrale de l’open-space. Il ne loupe pas les regards complices ou affligés de ses collègues. Que faire ? Aller voir Pamela ? Cela alimentera les rumeurs. Le patron ? Non, c’est un con. Paul-Marie ? Pendant quelques instants, JM hésite. Que faire ? Agir c’est alimenter la rumeur… Ne rien faire, la laisser filer. Putain ! Il y a eu François Hollande et Julie Gayet, maintenant, c’est lui et Pamela. La Teub à Jeanne-Marie ! La Teub à Jeanne-Marie ! Qui n’en veux ! C’est pas cher, tout le monde en parle, même si personne ne la touche. « S’ils savaient ces cons, que je n’ai pas touché une fille depuis plusieurs mois ! Je suis un vrai romantique moi ! Je suis un gentleman ! Pamela ! Non ! Oui ! Ah ! Sortir ! ». Il passe la porte, desserre sa cravate et se saisit d’une cigarette.

Haïku de bâtard

Briquet. Allumer. Tirer.
Souffler. Fumée.
Silence.
La Teub à Jeanne-Marie

Après tout, c’était flatteur. Il ne s’estime pas beau et Pamela est plutôt jolie. « Alors ? Alors ? Tu l’as niqué ? » Pierre-Marie est là. « Non, je ne l’ai pas niqué ! » Déception sur son visage. « Rien du tout ? Même pas un petit coup ? ». Jeanne-Marie répond non de la tête. Bien sur que non, il n’a pas couché avec Pamela. Et pourtant, tout le monde parle de sa teub. Si l’info était fraiche ce matin, il semblerait bien que depuis Jeanne-Marie se soit tapé la moitié de la boite. Sa teub a pénétré tout le monde ! Bim Pauline ! Bim Lucie ! Bim Jeanine ! Elles y sont toute passées et elles ont aimées ça ! « Ta teub, Jeanne-Marie ! On en veut ! On la prend ! On la coupe pour la ramener chez soi. Elle fait combien ? 15 cm ? Non ! 25 cm ! Tiens, c’est bien simple, quand tu te grattes la cheville, c’est pas la cheville que tu te grattes ! ». Elle court la rumeur. C’est Mediapart dans l’open-space ! On en parle ! On en discute ! On sait ! Quand Jeanne-Marie revient, c’est des millions de bouches qui se ferment. Le rocher aux huîtres se découvre un silence. Tous les regards sont sur lui. Quelques souffles à droite à gauche… La rumeur raisonne en échos.

bite-qui-separe-les-paragraphes-mini

Avant qui s’en souciait de la teub de Jeanne-Marie ? Personne ou presque. C’était un pénis parmi les autres, quelques poils et beaucoup d’épiderme pendant entre les jambes de cet olibrius. Quand on y pense, c’est moche une bite. C’est un objet oblongue à la couleur douteuse. On voudrait en faire autre chose qu’on ne pourrait même pas. Un tonfa ? Trop mou. Une cuillère pour touiller la salade ? Trop sale. Piquet pour la tente ? Bien trop incertain. La rumeur a ce soucis de transformer le banal ou l’inutile en capitale. Dans les faits, chacun a le droit de tremper sa bite partout. Ce que fait mon voisin m’indiffère, mon patron encore plus… Alors leur chibre… Notre monde se nourrit de bruit et de rumeur pour en oublier sa vanité. Quand on y pense, finalement, souhaite-t-on vraiment savoir que le Jeannot sait faire la position du zèbre ? Tout cela est si secondaire. Pendant qu’on parle de teub, on ne parle pas d’autres choses. Les cerveaux s’engluent dans les mots et leurs scandales.

pénis

Épilogue

– Jeanne-Marie ne démissionna pas. Il resta le héros de l’open-space pour le besoin de l’auteur.
– Pierre-Marie devint cobaye pour PIP. Il est l’heureux porteur de deux prothèses mammaires bonnet D. Il espère participer à Secret Story l’année prochaine.
– Pamela est toujours secrétaire, elle est travaille au cabinet de dentisterie Juliot-Paulin. Elle a commencé une collection de cochon en porcelaine.
– Lucie la dactylo n’a actuellement plus de doigt suite à une malencontreuse confusion entre une ruche et une marionnette.
– Maurice, le gros moustachu, est devenu le sosie d’Amanda Lear
– René est bègue.
– François Hollande aime les macarons au fromage.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *