Mars 2014 était un mois bizarre

avion qui disparait

Malaysian Airlines, election, soleil

Mars 2014 – Saison 1

« Je sens que ce mois de Mars va être fantastique »
Jules César, 12 mars 44 avant JC

On était le 28 février, 2014 était si jeune. On se disait « Bon pour l’instant, ça se passe pas trop mal. Ok, le chômage n’est pas en récession mais après tout, ça pourrait être pire ». Tout au mieux, le quotidien avait gardé de sa morosité sans fondre dans le tragique. La routine, quoi. On était posey.

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Le premier événement notable arriva le 8 mars. Breaking News ! Un avion de la Malaysia Airlines a disparu dans le golfe de Malaisie. Au premier abord, l’information n’a rien de surprenant. Depuis le 11 septembre, j’ai du mal à m’émouvoir dès qu’un coucou disparaît dans le ciel. Il y a en plus dans les crashs aériens quelque chose de mystique. Le ciel est peut-être bien un des seuls domaines terriens que l’humanité ne semble pas tout à fait maîtriser. A chaque fois qu’un jumbo jet s’envole, c’est un dé qu’on jette dans la table des statistiques mondiales. Une fois sur 100, bim, le truc se crashe. On se met alors à chercher les boites noires, comme les américains cherchent la face du Christ sur des toasts. Deux jours plus tard, après avoir retourné le sujet 50 fois, on le clot et on le jette dans le dossier des retrospectives pour l’édition du 31 décembre. Sauf que dans les cas de la Malaysia Airlines, il y a de l’inédit. L’avion a véritablement disparu. Il était là et puis POF ! Il ne l’est plus. Tel Charlie, il se planque l’enfoiré. Pendant 3 semaines, personne ne sera foutu de le trouver. Les théories sont nombreuses : Détournement islamique ? Destruction militaire malheureuse ? Extra-terrestres ? Complot des pingouins ? Personne ne le sait. On rejoue Lost mais en vrai. Fin mars, on localisera l’épave au large de Perth en plein milieu de nulle part… L’irruption de l’inattendu dans le banal des transports aériens. Même Copperfield n’avait pas fait disparaître 450 chinois aussi vite.

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Le second événement est en fin de mois. On a voté. C’est inattendu de se lever un lundi matin en pensant que potentiellement dans mon immeuble de 20 foyers, statistiquement 2 à 4 avait voté pour un parti aux idées racistes. Première question : Dois-je buter mon voisin ? Seconde question : En le brulant sur une croix façon KKK ? Tout d’un coup, tu n’es plus trop sur de la pertinence de tes vannes. Tu pensais avoir un humour acide quand tu taillais les manières excessives des juifs séfarades, en tournant en dérision l’irritabilité de ton collègue de boulot musulman pendant le ramadan… maintenant tu ne sais plus. Tu n’es même plus sur que la Vérité Si Je Mens n’est pas une oeuvre à comparer avec le Triomphe de la Volonté de Leni Riefenstahl. Tu pensais te moquer des racistes et de leurs idées, maintenant, tu te demandes si tu ne participes pas au problème. Ne serais-tu pas un bâtard de banalisateur ? T’as un coup de chaud, tu suffoques pensant être la victime de ta propre connerie. Piégé, tu n’es plus trop sur d’être droit dans tes bottes. Qui aurait parié sur le sourire de Marine Le Pen ce soir de premier tour ? Qui aurait pensé que Steeve Briois deviendrait maire d’Henin Baumont si facilement ? 15 villes. Il n’y a rien de tragique. La France n’a pas changé. Les cons sont toujours là.

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Et puis, il y a eu le soleil. Comme une surprise, il s’est invité en plein hiver. Alors qu’il y a un an, il neigeait, voilà qu’on étouffe. Nous avons eu des considérations sur la canicule à venir et les mauvaises récoltes. « Il n’y a plus de saison ma bonne dame ! La neige, c’est comme les arabes, dans nos contrées, bientot il n’y en aura plus ! » aurait pu dire Steeve Briois. On a bronzé dans l’insouciance. Téléspectateurs damnés, on a maté sur les chaines infos des retraités bedonnant boire le café sur la promenade des anglais : « Il fait beau ! Hein ! Il fait beau ! ». Comme quoi les années se succèdent et ne se ressemblent pas. A croire que l’histoire faisait un pied de nez à la routine… Un certain David Hume, philosophe de son état, énonça un jour que la seule chose que la science démontrait c’était les répétitions. Notre vie, l’histoire, l’avant et l’après, n’était qu’une succession d’événements inédits quand bien même il pouvait être amené à se ressembler. Des chinois qui disparaissent, des Chtis qui élisent un maire d’extrème droite, et l’été au mois de Mars… Les 30 derniers jours était le parfait exemple de ce concept. Ce qui est rassurant, parce que n’importe quoi, c’est toujours mieux que rien et que c’est la promesse d’à peu près tout.

Leçon de philosophie
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