Mon Ami Nazi

Des batards et des nazis

Soirée-barbeuc-à-frejus

« C’est l’histoire d’un noir, d’un juif et d’un chinois. A la fin, ils meurent tous les trois » Joseph Goeboels

Commençons sur une généralité : Nous avons tous un ami nazi, cet être humain un peu affable et pas forcément désagréable, dont la tolérance a depuis longtemps été ébréchée par la vague des préjugés. Dans le fond, il n’est pas méchant, d’ailleurs, bien souvent, il ne ferait pas de mal à une mouche. C’est quelqu’un de très poli. Jamais un mot au dessus de l’autre, il respecte toujours les règles de la bienséance. Il fait l’appoint à la boulangerie. Il ne dédaigne jamais de sourire quand il laisse sa place à une personne âgée dans le bus. Parfois, il râle un peu contre le mauvais temps, il se surprend à lâcher un juron, mais il s’excuse aussi vite qu’il le prononce. Il mène sa petite vie. Il a un travail lambda. Bref, un type comme les autres.

Mon ami nazi a des enfants. Ils sont inscrits chez les scouts, ceux d’Europe. Ils sont catholiques, c’est mieux, ils apprennent les valeurs de la foi. Ils vont à la messe tous les dimanches. Ils fêtent Noël et Pâques en famille. C’est eux qui ont porté le divin enfant dans la crèche cette année. Ils font la fierté de la maman du catéchisme. Ils apprennent que Jésus est né à Nazareth, baptisé dans le Jourdain par Jean, a souffert sous Ponce Pilate, et a été tué par le peuple déicide, autour de l’an 0. Pour l’office dominical, ils sont habillés comme des princes. Propres sur eux, leurs vêtements sont tirés à quatre épingles. Coiffés, la raie sur le coté, ils sont la fierté de leurs parents. L’avenir à portée de croix…

Mon ami nazi est adhérent au Front National, depuis qu’il est en âge de voter. Il n’a rien contre personne. D’ailleurs, le parti n’est pas raciste. Les étrangers, il les préfère chez eux. La France ne peut pas profiter à tout le monde. Il n’est pas contre les arabes, il est juste contre ces pères de 7 gamins qui profitent des allocs, ne travaillent pas et voilent leur femme. Il n’a rien contre les juifs mais il trouve très troublants la politique d’Israël et cette façon que les israélites ont toujours de se victimiser. Un petit français mort, c’est un crime, par contre un juif, c’est une tragédie. Et puis merde, la Shoah, c’était il y a 50 ans, il n’y en a toujours que pour eux. A tous les repas, on nous le ressert. Ils sont partout, avec tous leurs lobbys… Mais bon… on va quand même pas tous les buter.

Reich-Reich

Mon ami nazi en soi n’est pas totalement flippant. C’est un homme comme tous les autres. Son neveu de 17 ans est inscrit sur twitter. Avec ses amis, ils parlent de la vie, de la galère, font des blagues sur la cité. Ils se pignolent sur les meufs et se branlent sur les icônes de la sexitude. Tout ce qui est tendance et hype ne leur échappe pas. Avec ses potes, ils font de la politique. Il parait qu’Allah veut bombarder Israël et faire disparaître tous ces fils de chien de juif. Pendant que son Grand-père est hanté par les bicots de sa guerre d’Algérie, il prépare son paquetage pour les jours à venir. Sais-t-on jamais, ils sont partout. D’ailleurs, il ne le cache pas. Ces gens d’ailleurs, les roms, ces racailles, ils n’ont pas le droit d’être humain. « Tu buterais des enfants juifs ? Oh bah non ! Pas des enfants. Ah ? Pourquoi ? Ils sont juifs, non ? Ouais mais c’est des enfants. Alors à partir de quel age c’est acceptable de buter un homme parce qu’il est rom, noir, arabe ou tout simplement différent ? A partir de quand on franchit la limite de l’inacceptable ? »

Nous sommes après les élections municipales, et mon ami nazi m’a dit l’autre jour de me taire. La révolution était proche et que maintenant, on allait voir ce qu’on allait voir. Je ne suis pas sûr dans le fond, qu’il soit vraiment raciste et qu’il mesure ce que c’est. Je ne suis pas sur qu’il sache ce que ce fut d’aller jeter des enfants dans des charniers en Pologne. Je doute qu’il connaisse l’odeur de la chair d’un « nègre » qui brûle dans une clairière du Tennessee. Je m’interroge sur sa résolution à tuer la moitié de la population d’un pays comme le Rwanda à coup de machette. Il me dit que le Front National, ses idées, ce n’est pas tout ça. Et pourtant, j’ai tendance à penser que c’est ce que le peuple allemand s’est dit pendant 2 décennies. Ce n’était rien de plus. « Je ne les blâme pas, ils n’ont pas tué Jésus » comme dirait l’autre. Cependant à force de repousser l’acceptable, mon ami nazi prendra un jour une pelle pour creuser des trous jetant les derniers morceaux de son humanité dans une totale indifférence. Homme de paille un jour… Et demain ?

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