Eurovision – Là ou tout est bon…

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Bureau de batard

« Avant d’être un match de Rugby, France Galles a aussi gagné l’Eurovision » Claude François

J’ai commencé mon article dans un gros fouillis. Mon bureau d’ordinateur ressemblait au vrai. C’était un fatras de papier d’un coté et 5 ou 6 fenêtres d’ordinateur de l’autre, avec en fond, des vingtaines d’icônes de toutes sortes suivant une logique de rangement bordélique comme seul l’esprit humain peut en créer. Ici et là, des images animées, des papiers administratifs, quelques téléchargements (le dernier Daft Punk, celui de Pharell Je-porte-des-chapeaux-à-la-con Williams et le Concert des Nations de Jordi Savall), un croquis vaguement commencé au feutre. Sous un tas, on peut trouver trois bouts de word et quelques feuilles A4 tapées et raturées et quelques idées approximatives en vue de l’écriture d’un roman.

Bling ! Blong ! Facebook clignote. Je suis invité à une soirée « Eurovision ». Putain !  C’est vrai ! Enfin ! Le compte à rebours a commencé. On était encore dans l’euphorie. On se réjouissait. On se tapait dans les mains. On faisait les fous. C’était encore hier, quand… quand…  Putain, qui c’est qui a gagné l’eurovision l’année dernière déjà ? … Une armé… non ! Une danoise ? Son nom ? Attend… Elle chantait quoi déjà ? Et… ? et… ? aucune foutue fenêtre de disponible sur les 7 d’ouvertes. Une sur la naissance du porno gay, pour un futur article, ouais, non, suivant, onglet sur les conséquences de la ménopause, lol, non, celle-là, je la ferme pas. Un coup de souris. La page wikipedia sur Aegon Targaryen. Ouais, c’est bon. Les doigts filent sur le clavier.

Eurovision 2013, résumé de la saison précédente :
– La représentante de la France était Amandine Bourgeois. Certes.
– Le concours était en Suède. Entre deux étagères CHARLY et une commode HEMNES, on peut bien caser un concours.
– La gagnante était une danoise appelée Emmelie De Forest. Ouais.

En fait, quelque chose vient de me sauter au visage comme un facehuger dans un film de Ridley Scott. Ce que l’histoire retient de l’Eurovision, ce qu’on lit sur sa page Wikipedia, ce sont des faits. Il y avait X nations, ça se passait à Trucberg dans un pays européen quelconque et c’est Machine qui a gagné. Sans déconner, on s’en fout. Qui représentera la France ? Marie-Myriam ? Non, franchement. Tout le monde parle de l’Eurovision, ses candidats, le notre et la dernière gagnante française, mais… Pourquoi ? Parce que dans le fond, tout ce que je viens de dire, les événements majeurs dont nous venons de parler, on s’en carre les miches dans un slip coton. Comprenez, on s’en fout.

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Et là, vous me dites, mais si on s’en tape, pourquoi tu nous en parles ? Envol de papier, secouage de fenêtre, porno gay, petit mickey qui bouge. OUAIS ! Pourquoi ? Où veux-tu en venir chantre de l’humour badass et de la blague spirituellement déplacée ? – Oui, je m’appelle comme ça en privé – Mon point, c’est que l’Eurovision, c’est… Attends… attends. Je vais trop vite. D’abord, cet objet télévisuel, dont tout le monde semble se moquer et que nous prenons de haut avec légèreté, est le deuxième événement annuel le plus regardé au monde. Seule la Coupe du Monde, tous les 4 ans, l’explose avec son audience record. Et de loin : putain sans déconner 700 millions de personnes, ouverture de page, fermeture de page… ouverture de page, 700 millions ? Non, mais… mais… ? 70 millions d’Européens vont regarder l’Eurovision. C’est un dixième de la population entière du continent. Des baltes, des scandinaves, des gars qui mettent des trëma sur des O, d’autres qui ont Jean-Paul II en vignette, des allemands, des irlandais roux, des espagnols fans de foot et bien d’autres. Tous ces gens-là vont regarder de près ou de loin l’Eurovision. Il y aura des fleurs, des femmes à moitiés nues et des chorégraphies aussi improbables que les costumes qui les accompagnent. On va rire, se moquer un peu et redéfinir le concept du kitsch.

On serait tenté de dire que ce déluge de couleur chromatique et de mauvais gout ne devrait pas être permis. C’est vrai. Il y a de tout dans ce concours. Cette année, nous avons une femme à barbe et un groupe multicolore très gay friendly. Dans les récents gagnants, on peut compter un transexuel israélien et un groupe de métal à l’imagerie gothique plutot assumée. Cela peut paraître complètement futile. Et cela l’est. Cependant, il faut se rappeller que toutes ces fantaisies seront diffusées dans presque tous les pays d’Europe. Parmi eux, le Belarus, l’Azerbadjan, la Russie ou encore la Géorgie, des dictatures ou régimes très autoritaires dans lesquels être gay est soit considéré comme illégal soit ouvertement fustigé. Et pourtant pour un soir, à la télé, il y aura n’importe quoi. Une fenêtre sur un monde différent va s’ouvrir pendant quelques instants pour ces nations. L’idée est peut-être sotte, mais elle est diffuse. Le regard de l’Eurovision sur le monde européen est tolérant, doux et ouvert. Il ne manque pas d’autodérision. D’un coup, nous sommes tous des téléspecteurs ouverts à la diversité ou, du moins, l’observant dans ce qu’elle a de singulier. Nous sommes tous égaux. Tous ridicules.

Eurovision

Que dire du vote ? Les pays baltes voteront les uns pour les autres, les nations scandinaves feront de même. Et les slaves ? Que voteront l’Ukraine et la Russie ? Avant, ces pays votaient l’un pour l’autre mais maintenant ? Révélateur de tendances géopolitiques, l’Eurovision va dessiner une carte de l’europe diplomatique d’aujourd’hui et d’hier. Qui vote pour qui ? Et pourquoi ? Ouech t’es prêt pour une bonne tranche d’histoire ? En gros, après la seconde guerre mondiale, il y avait deux Europes : celle qui pouvait faire ce qu’elle voulait et celle qui s’appelait « camarade » et voyait débarquer des tanks tous les printemps. Le communisme de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques referma la boite à idées sur la deuxième et pour quelques décennies. Pendant que l’Europe libre découvrait Derrick, la croissance économique et l’Eurovision (à six nations). Cinquante ans plus tard, le mur est tombé. Les anciens pays de l’URSS enfin libres, décident de se lacher et de rejoindre la folie de l’Eurovision. Sauf qu’ils votent pour eux-mêmes et jamais pour les autres… Et oui, 50 ans de souffrance, à coup de marteau et de faucille, ça forge des inimitiés et des solidarités. Il n’est pas rare que les baltes votent entre eux, ou pour la Pologne, voisin et tributaire d’un passé malheureux commun. Truands de la galère en somme… En regardant l’Eurovision, c’est cette histoire qu’on peut relire et observer. On chante, on danse, mais on vote pas n’importe comment.

Damned ! Fichtre ! Mais quel gouffre mets-tu en évidence ! Et dire que j’allais regarder l’Eurovision comme un gros benet ! J’ouvrais la page de l’événement « Facebook ». Bien sur que j’allais y être. J’adore l’Eurovision. C’est ma madeleine de Proust. Noctambule assumé, je me plais à être téléspectateur de cet événement interminable. La dictature, le communisme, l’Europe et son histoire se côtoient, démontrant que la paix et la tolérance ne vont pas de soi, même si pourtant ce soir là, tout cela semble acquis sur l’autel du ridicule et de la variété. Nous ne gagnerons pas, une nouvelle fois. Cela importe peu. Vive la vie.

Abba

Le groupe ABBA
Blague visuelle

Addendum : Je n’ai pas parlé des représentants français lors de cette édition. Il se trouve que ce sont les Twins Twins, un groupe avec un vrai talent. Si la chanson présentée est douteuse, je ne peux que vous encourager à aller écouter leur disque « Vive la Vie » et d’aller les voir en concert.

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(Bande de batards !)

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